lundi 10 octobre 2011

Bribes

Lettre à Arvie
Arvie, cher Arvie,
Arvie, cette lettre n’est pas une lettre d’amour, même si elle ne signe pas définitivement mon désamour…Non, c’est une lettre de récrimination, de protestation, une lettre un peu aigre, j’aimerais que tu t’amendes…
Je sais, je t’appelle « cher Arvie », mais nos liens ne sont pas encore assez mûrs pour que je puisse te chérir, aussi faut-il plutôt prendre « cher » dans le sens de coûteux !
Tu t’en défends ? Souviens-toi, non tu ne peux pas, c’était avant que tu n’apparaisses, quand tu n’étais qu’en projet, un projet qui par étapes successives s’est révélé de plus en plus dispendieux, de choix successifs en options indispensables, alors nous avons opté, choisi, acquiescé… Et puis, enfin, tu étais là, devant moi, devant nous qui t’avions choisi, espéré, rêvé.
D’emblée, rien n’a été clair : Il nous a fallu cautionner ce qui aurait dû depuis longtemps être réglé, parlementer, palabrer… puis cela s’est aussi arrangé.
Enfin, nous avons pu commencer notre vie commune. Aller par monts et par vaux, suivant notre bon plaisir, plus par monts que par vaux d’ailleurs, ce qui a encore augmenté ta gloutonnerie naturelle, gloutonnerie qui nous oblige à des fréquents et coûteux arrêts pour tenter de te rassasier.
Mais chacun a ses petits défauts, n’est ce pas, d’ailleurs nous nous y attendions et ta compagnie m’allait bien. Tu me rendais la vie dans la nature confortable et facile…
Et puis, et puis le comble !
Voilà que tu fuites, que tu te liquéfies, que tu fais tes eaux, que tu pars en eau de boudin ! On peut te suivre à la trace, le petit Arvie et ses gouttes d’eau claires, mais ce ne sont plus des gouttes, mais des seaux d’eau, des averses, des torrents, que tu perds ! Tu te répands Arvie, tu te répands !
Alors non ! Non et non ! Je veux bien admettre ton appétit féroce, ton enveloppe fragile et tes mécanismes délicats, je veux bien passer sur toutes les réserves, alimentations, drogues, qui te sont nécessaires et qu’il nous faut sans cesse renouveler, mais perdre de mon temps, de notre temps commun à te faire soigner, réparer, abréger ainsi notre temps ensemble, déjà limité au départ par notre contrat commun, l’amputer d’une attente inconfortable, toi  immobilisé dans les mains d’un spécialiste et nous rongeant notre frein à défaut de chauffer les tiens, tournant en rond en espérant un diagnostic bénin, ça non ! Je proteste ! Nous avons fait attention à toi, nous t’avons chouchouté, dorloté, t’avons emmené dans les plus beaux endroits et tu nous fais le coup de la fuite !
Arvie, Arvie, je te le dis, dorénavant tu as intérêt à te tenir à carreau , à te serrer la ceinture et même à faire de la rétention d’eau, mais plus de fuite, plus de débordement disgracieux, plus d’épanchement en public, reste sec et, peut-être pourrons nous oublier ce qui s’est passé, reprendre goût à la vie ensemble, repartir d’une bonne roue.
Moi, c’est ce que je souhaite, à toi de voir…

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